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samedi 2 avril 2016

Changements climatiques et insécurité alimentaire au Cameroun


 
Un berger inconsolable face aux effets du changement climatique
Il ne passe plus une journée sans que le ciel ne change d’apparence sans toutefois prévenir… Dans la partie septentrionale du pays, les saisons sèches sont davantage longues et le bétail se fait rare. Les inondations sont de plus en plus présentes dans la ville de Yaoundé et les produits alimentaires deviennent de moins en moins accessibles (Egger et Künzler, 2013). Ce tableau peint ainsi la nouvelle situation dans laquelle plusieurs pays de la région Afrique centrale se trouvent. Les changements climatiques sont un fait réel et demeurent une difficulté pour les pays développés et des pays en voie de développement. C’est la raison qui a poussé les États à se réunir au brésil à Rio en 1992 afin de prendre des mesures « contraignantes » pour lutter contre les changements climatiques. Ils impactent sur la sécurité alimentaire de la plus part de pays en développement. C’est fort de l’importance accordée à la santé alimentaire des populations que la FAO a placé l’année 2014 comme « Année internationale de l’agriculture familiale ».

La présente analyse se propose de définir dans une première partie les notions de changements climatiques et de sécurité alimentaire, ensuite, discuter des implications des changements climatiques sur la sécurité alimentaire. Quelques pistes de solutions permettront de mieux se projeter vers l’avenir.

Définitions des concepts


L’article 1er de la Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUC), adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, définit les changements climatiques comme « des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l'atmosphère mondiale et qui viennent s'ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables ». Les changements sont d’origines diverses : ils proviennent des processus intrinsèques à la terre, d’influences extérieures (soleil) ou de l’action directe de l’Homme. Ce phénomène constitue l’un des plus grands défis de l’histoire de l’humanité. Lors de son allocution au Sommet Mondial des entreprises en 2009, Ban-Ki-Moon, Secrétaire Général de l’ONU,  déclara que :

 « Le changement climatique influe sur tous les aspects de la société, de la santé de l’économie mondiale à la santé de nos enfants. Il a une incidence sur l’eau qui alimente nos puits et coule de nos robinets, sur la nourriture que nous consommons (...). En bref, il se trouve au cœur de tous les grands défis aujourd'hui ». (PAM, 2010)[1].

Les changements climatiques affectent surtout les populations vulnérables et plus particulièrement celles des pays du Sud. Ceci serait dû à un manque de ressources financières, de mains d’œuvre qualifiées, de  connaissances et de technologies adéquates.

Ce nouvel aléa a été l’amplificateur de nombreux maux telle que l’insécurité alimentaire. Ce dernier a été mentionné pour la première fois lors de la Conférence mondiale sur l’alimentation de 1974, faisant suite à la crise alimentaire mondiale donc la cause fut l’envolée des prix (Bricas, 2008). C’est une notion qui a évolué avec le temps. En 1996, l’hors de la rencontre sur le sommet mondiale de l’alimentation, l’Organisation de l’Agriculture et l’Alimentation des Nations Unis (FAO) a consacré à la sécurité alimentaire, la définition suivante : « la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ».

Quatre caractéristiques majeures se dégagent de cette définition : (i) la disponibilité de la nourriture en quantité suffisante; (ii) la stabilité de l’approvisionnement ; (iii) l’accessibilité physique et économique des denrées, et (iv) la qualité nutritionnelle. L’ensemble de ces caractéristiques doivent être vérifiées afin de qualifier d’un pays d’être en situation de sécurité alimentaire. Ce qui dans la plus part des cas, reste assez difficile au vu des conséquences que peut avoir les changements climatiques sur cette dernière.
  

 Conséquences des changements climatiques sur la sécurité alimentaire


Changements climatiques et insécurité alimentaire sont deux notions étroitement liées. En 1974 et en 2008, le monde a connu deux crises alimentaires sans précédentes dues à la hausse des prix de produits de premières nécessités. Les habitudes culturales au Cameroun ont été modifiées par les effets des changements climatiques. En effet, l’augmentation de la concentration des Gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère a pour conséquence, entre autres, la hausse des températures et la multiplication des inondations, la persistance de la sécheresse et la dégradation des terres arabes, les fortes migrations d’Hommes et la rareté des produits de consommation de premier ordre. Ces événements ont une incidence sur le travail des agriculteurs et donc l’approvisionnement qualitatif et quantitatif des produits agricoles. Or le secteur agricole joue un rôle très important dans l’économie au Cameroun. Selon INS (2009)[2], sa contribution fut de 30% en 2008 du Produit intérieur brut national.

Les conséquences des changements climatiques affectent aussi les revenus des populations. La difficulté de poursuivre l’activité par les paysans tant à diminuer les revenus et exposer ces derniers à la consommation monotone de quelques denrées alimentaires surtout lorsqu’on sait que la plupart des revenus sont issus de la vente des produits agricoles[3]. D’après Molua (2009), une diminution des précipitations de 7% ferait chuter les revenus nets agricoles d’environ 2,86 milliards de dollars US.
La rareté des points d’eau et des pâturages dans la partie nord-Cameroun, grand pourvoyeur de viande de bœuf sur le marché national et sous régional ne permettent pas le développement du bétail. L’élévation des températures, le raccourcissement de la durée des saisons de pluies combinés à l’assèchement du Lac Tchad ont été à l’origine des tensions entre agriculteurs et éleveurs (INS, 2011).  Ces derniers ont été contraints de migrer vers des points moins atteints à la recherche des puits d’eau et des terres fertiles. D’autres ont dû changer d’activités, développant les métiers d’artisanat par exemple. N’ayant pas de qualifications pour ces « nouveaux » métiers, il est assez difficile de se faire des revenus afin d’acquérir des produits de consommations souhaitées. C’est dans cette même logique que Madame Josette Sheeran, Directrice Exécutive du PAM en Septembre 2009, affirme que : « Tous les jours, nous constatons les ravages de la faim dues aux changements climatiques sur les personnes que nous aidons. Tous les jours, nous voyons des gens souffrir en raison de la sécheresse et des inondations. Et chaque année, la situation empire ». (PAM, 2010).

Au Cameroun, les populations sont en permanence en situation d’insécurité alimentaire. Pourtant, le pays regorge un potentiel immuable. Il est des régions où il y’a de forte production et de bonne qualité, mais l’état des routes ne permet pas toujours de les transférer dans les grandes villes. Conséquence, la population n’a pas le choix des préférences. Or, si l’une des caractéristiques édictées par la FAO n’est pas respectée, l’on ne saurait affirmer qu’une population soit en sécurité alimentaire.

Propositions de solutions


Des développements précédents, il convient de proposer quelques pistes de solutions permettant au pays de mieux s’armer pour faire face aux changements climatiques et améliorer son score de sécurité alimentaire.

Vente collective de produits de premières necessités
Vente collective de la MIRAP à Yaoundé
La famine au Cameroun n’est pas seulement un problème de disponibilité et de qualité d’aliments sur les marchés, mais aussi un problème d’accessibilité. Des mesures ont été prises par l’état pour maitriser les prix et endiguer les pénuries des produits de fortes consommations. C’est dans ce cadre qu’il faut situer le Décret n° 2011/019 du 1er février 2011 portant création de la Mission de Régulation des Approvisionnements des Produits de Grande Consommation (MIRAP), qui se veut une structure d’alerte, d’achat, d’importation et de stockage des produits de grande consommation, en vue d’un approvisionnement du marché dans les meilleures conditions. Quoiqu’il en soit, la couverture géographique dudit programme et la proportion de la population qui en bénéficie restent problématiques. Il convient donc pour l’Etat de mieux affiner la stratégique de ce programme afin de parvenir aux résultats escomptés. Elle pourrait consister à implanter une « MIRAP » par département en telle enseigne que chacune soit indépendante et gérée par une commission locale. Elle sera d’avantage proche des populations et contribuera au mieux à la lutte contre l’insécurité alimentaire au Cameroun.

Une autre approche serait de s’adapter aux changements climatiques. Elle consisterait à l’accompagnement des agriculteurs dans la pratique de l’agriculture de contre-saison afin d’éviter la dépendance au climat. Pour ce faire, les politiques de développement communales doivent développer des modules de formations sur les méthodes de culture résilientes au climat et adresser aux agriculteurs (à travers des parcelles d’expérimentations par exemple). Elles pourraient également intégrer dans leur cahier de charge l’organisation des rencontres thématiques et d’informations sur les innovations récentes dans le domaine agro-pastorale.

Dans le même  registre, les actions ci-après doivent être entreprises :
  • Construction des greniers et magasins à travers le pays, dans les grands bassins de production;
  • Accompagnement et encadrement d’institutions offrant des formations professionnelles orientées vers le monde rural, la production animale et végétale notamment sur le plan infrastructurel;
  •  Améliorer la recherche par le financement des structures de recherches en agriculture afin que celle-ci puissent mettre sur pied des semences résilientes, capable de résister aux intempéries causés par les changements climatiques ;
  •  Aménagement des voies d’accès dans les grands bassins de productions.

Il ne fait aucun doute que ces politiques permettront de lutter contre les désagréments des changements climatiques et, d’améliorer la sécurité alimentaire au Cameroun.
  

Indications Bibliographiques:

Institut National de la Statistique du Cameroun (2011), Changements Climatiques, Production Agricole et Effets sur la Population au Cameroun, [Fomekong, F., Ngono, G. (eds.)], Cameroun;

Molua, E. L., (2009), « An empirical assessment of the impact of climate change on smallholder agriculture in Cameroon », in Journal of Global and Planetary Change (67:3-4) ;

Bricas Nicolas (2008), « La hausse des prix, les émeutes, la crise alimentaire et le sommet de Rome », Cirad, UMR Moisa, 4 Septembre (http://umr-moisa.cirad.fr/content/download/4802/33967/version/1/file/La+hausse+des+prix,+les+%C3%A9meutes,+la+crise+alimentaire,+le+sommet+de+Rome.pdf );

FAO (1996), Sommet Mondial de l’Alimentation, Déclaration de  Rome sur la sécurité alimentaire, Rome, (http://www.fao.org/docrep/003/w3613f/w3613f00.htm);

PAM (2010), Faim et changement climatique, Via C.G. Viola, 68/70 - 00148 Rome, Italie.




[1] PAM : Programme Alimentaire Mondiale
[2] INS : Institut National de la Statistique au Cameroun.
[3] Au Cameroun, l’agriculture est pratiquée par plus de 70% de la population. Cette population utilise les revenus issus de la vente des produits agricoles pour s’approvisionner en d’autres produits de consommation. Si une inondation venait à détruire par exemple un champ de maïs, il est clair que le propriétaire ne pourra s’offrir d’autres produits souhaités par manque de moyens financiers.

vendredi 5 décembre 2014


Les cinq problèmes de l’agriculture au Cameroun


Crédit photo: Journalducameroun.com
« Jadis, je passais la totalité de mes congés de fin d’année scolaire auprès de ma grand-mère à lui donner un coup de main pour les récoltes de ses produits champêtre (arachide, mais, haricot principalement). A mon retour, j’étais parfois le premier à refuser les sacs de provisions qui m’étaient remis tant par cette dernière que par les autres voisines de la concession ». Ce temps est révolu aujourd'hui ! Elle, cette grande maman n’est plus ainsi que les voisines, le changement climatique s’est invité aux troubles faits et les populations n’arrivent plus à produire autant. Les jeunes sont de plus en plus tournés vers les grandes villes telles Douala et Yaoundé à la recherche d’un gagne-pain.

L’Afrique peut être fière de représenter non seulement l’avenir du monde, mais aussi de regorger d’importantes richesses. L’agriculture est pratiquée au Cameroun par près de 78% de la population. Une agriculture de subsistance et non une agriculture à échelle industrielle. Pourtant le pays est béni ! Presque toutes les cultures peuvent être pratiquées, chaque région peut produire en qualité et en quantité, et, contribuer ainsi à la croissance du produit intérieur brut et à la sécurité alimentaire. Seulement, il se pourrait que cet important potentiel soit sous-exploité.

1. Un manque de politique publique incitative…

L’avis partagé ici est celui du manque de politique stimulante de la part du gouvernement. Il a beau créer quelques programmes (PIASI, AFOP, ACEFA…) et annoncer leur désir de moderniser le secteur agricole, cette initiative demeure insuffisante ! Le fameuse banque agricole et celle des PMI (Petites et Moyennes Entreprises) restent toujours attendus. Les efforts de quelques entrepreneurs agricoles ne sont pas assez encouragés notamment à travers la subvention des intrants, la construction des routes et aménagement des pistes, facilitation dans l'acquisition de parcelles plus grande de terre et l’aide au financement entre autres.

2. Financement insuffisant ou inexistant

Nous avons sur le territoire plusieurs banques qui ne répondent que des stratégies impulsées par la tutelle donc la plupart sont installées à l’étranger. L’objectif premier de ces établissements est celui de faire des profits. Ces profits ne peuvent être réalisés qu’en menant des activités à faible risque. Or le secteur agricole est réputé très risqué et donc impropre à la banque ! Le risque d’aléa de moralité élevé peut s’expliquer par l’état de corruption et de comportements moins catholiques des emprunteurs. La décision d’investir n’appartient pas aux dirigeants nationaux… aucune contrainte ne leur est d’ailleurs assignée dans ce sens par le politique. Les banques sont taxées d’entreprises sur-liquides, liquidités qui ne servent pas toujours à grand-chose pour l'économie…

3. La mauvaise gestion d’entreprise, le manque d’information et de formation…

Maîtriser l’itinéraire technique d’une culture, acquérir un financement ou un espace sur lequel sera réalisé son projet ne suffisent pas toujours pour prétendre créer une entreprise. L’étude préalable du marché et la rédaction d’un projet ne doivent pas être négligées. Le gestionnaire doit avoir des connaissances en gestion afin de porter son projet le plus loin possible. Ceci n’est pas la plus partagée par les « entrepreneurs » au Cameroun. Chacun s’essaye, essuie des échecs et accuse le gouvernement ou les établissements financiers du manque d’accompagnement. Nombreux sont des jeunes ou des coopératives ayant bénéficié de l’appui de l’Etat ou de quelques institutions financières mais, ont été incapables non seulement de rendre le prêt à échéance, mais aussi de faire prospérer leur entreprise du manque de formation technique mais aussi celle liée à la gestion.
Quelques organisations s'emploient pourtant à régler la question. Jeunesse et Développement Durable pour l’Afrique (J2D-Afrique), dispense des formations pratiques en techniques de cultures végétales et animales. La JAD (Jeunesse Active pour le Développement) forme à la rédaction de business plan tandis que La voix du Paysan donne des précieux conseils pour quiconque souhaiterai s’investir dans le secteur à travers les appels téléphoniques entre autres.

4. La propriété foncière…

« Comment monter mon projet sur une terre familiale alors mes Frères la réclament pour d’autres actions ? » Comment mener un projet agricole ou d’élevage si la question du foncier n’est pas résolue ? C’est un autre frein auquel se confronte les entrepreneurs. Etre propriétaire d’une parcelle de terrain pour assurer la pérennisation de son projet. 

5. L’accès au marché

L’accès au marché internationale requière une production de qualité, aux normes standards reconnues. Même si la demande est grande et plus rémunératrice à l’extérieur, il demeure important de contenir d’abord celle nationale. Mais comment s’y prendre s’il est difficile de porter sa production au niveau des marchés ? Le problème des routes est le premier obstacle à braver ici.

 La liste n'est certainement pas exhaustive. Cette publication vise à lancer le débat sur les problèmes qui minent l'agriculture au Cameroun, mais aussi, à inciter les différentes parties prenantes à la prise en compte  de véritables initiatives en vu de permettre au secteur agricole de pleinement jouer son rôle de création de richesse.